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EISTI Ecole Internationale des Sciences du Traitement de l'Information
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Demain, la veille....

Les métiers de l'informatique au service de l'intelligence économique et de la veille

Sous la double impulsion du développement des technologies Internet et de l'informatique décisionnelle, les métiers de l'informatique au service de l'intelligence économique et de la veille connaissent une croissance exponentielle.

Et si la veille offre des perspectives de carrière fort intéressantes aux ingénieurs, elle devrait aussi de plus en plus être l'affaire de chacun d'entre eux, quel que soit son poste dans l'entreprise.

Olivier Sznitkies & Jean Marc Allouet, consultants, ARTHUR ANDERSEN
Frédéric Bon, chef de produit, SQLI
Alain Driay, directeur technique, GCI
Jean Marie Gouarné, directeur technique, GENICORP

Avec la dématérialisation croissante de l'information, les informaticiens ont un rôle primordial à jouer dans le cadre de l'intelligence économique... " Pour étayer cette idée centrale, lors de la conférence organisée le 18 mars dernier par l'EISTI, sur le thème des " métiers de l'informatique au service de l'intelligence économique et de la veille ", Olivier Sznitkies, consultant chez Arthur Andersen Consulting, a été fort aidé dans sa démonstration...Tous les autres intervenants (Frédéric Bon, chef de produit SQL Ingéniérie, Alain Driay, directeur technique de Cyber Informatique et Jean-Marie Gouarné, directeur technique de Genicorp) venaient en effet de sociétés où l'intelligence économique fait partie intégrante de la culture d'entreprise.

Pour Alain Driay, de Cyber Informatique, SSII spécialisée dans les nouvelles technologies, si la veille est plus que jamais d'actualité, c'est en raison de " l'explosion des technologies Internet ". "L'époque 70-90, celle des grands systèmes, n'était pas adaptée à une veille technologique poussée chez les SSII, raconte-t'il. Les produits, assez stables et peu nombreux, et les matériels ne pouvaient faire l'objet de plate-formes à la portée du budget des SSIIS. L'époque client/serveur a fait émerger beaucoup de nouvelles technologies, mais les produits étaient assez chers. Toutes les SSII ne pouvaient pas se les offrir. Avec nouvelle génération informatique - Internet -, les produits sont très nombreux, peu chers et de courte durée. Les clients ont du mal à suivre leur positionnement : les métiers de la veille technologique s'imposent".

La notion d'intelligence économique ne se limite cependant pas, comme l'a expliqué Olivier Snikies (Arthur Andersen Consulting) à la seule notion de veille technologique. L'intelligence économique définie comme " l'ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution des données, en vue de l'exploitation de l'information utile" et destinée à "détecter les menaces et saisir les opportunités de développement" recouvre en effet non seulement la notion de veille technologique - l'observation et l'analyse de l'environnement scientifique, technique et technologique, mais aussi celle de veille concurrentielle et stratégique - l'observation et analyse de l'environnement économique et concurrentiel...

La veille, affaire de tous

Vaste programme qui ouvre le champ à de nombreuses opportunités de carrière, mais qui doit aussi rester à l'esprit de tous les ingénieurs informatiques. De plus en plus d'entreprises prennent en effet conscience que la veille ne doit pas être de la seule responsabilité de quelques individus spécialisés. "Plus le réseau de captation des données est étendu, plus les informations seront nombreuses, et plus la veille technologique aura des chances d'être de qualité" remarque Olivier Sznitkies (Arthur Andersen Consulting). C'est ainsi que chez SQL Ingénierie, SSII de 200 personnes, tout le monde est réquisitionné. "Chacun de nos collaborateurs doit être un observateur qui remonte des informations du terrain. Son efficacité en la matière fait partie des critères d'évaluation de son travail" souligne Frédéric Bon (SQL Ingénierie).

Mais si la veille est de plus en plus l'affaire de tous, la mise en place de postes dédiés joue aussi un rôle essentiel dans l'utilisation efficiente de ces informations. Rien ne sert en effet d'accumuler des données, si personne ne les filtre et ne les synthétise à des fins décisionnelles. "Pour que la veille soit efficace, il faut lui donner un cadre strict" observe Frédéric Bon (SQL Ingéniérie). Chez SQL Ingéniérie, l'ensemble des collaborateurs alimente la veille, et ce, via divers outils : forums de discussion, Intranet, messagerie... Mais cette foule de données est ensuite canalisée par des responsables de rubriques (groupware, middleware, sécurité, systèmes, etc), eux-mêmes coordonnés par un rédacteur en chef.

D'une manière plus générale, Olivier Sznitkies (Arthur Andersen Consulting) schématise le modèle d'intelligence économique dans l'entreprise, et les postes à y associer, selon trois niveaux : au premier niveau, les observateurs, chargés de remonter les informations, au second les experts et analystes, qui sélectionnent, fiabilisent et synthétisent les informations pour ensuite les remonter au troisième niveau, les décideurs, qui exploitent cette veille à des fins stratégiques. Et de définir une typologie des multiples postes - avec un profil plus ou moins technique - découlant de ce modèle

Culture d'entreprise

"Idéal", ce schéma d'intelligence économique n'est pas encore mis en oeuvre dans toutes les sociétés. "certaines SSII hésitent encore à se lancer dans ce poste lourd pour le budget" observe Alain Driay (Cyber Informatique). Chez certaines entreprises, elle fait toutefois partie de la culture d'entreprise. C'est le cas chez SQL Ingénierie. Outre la participation active des collaborateurs à la veille, un département R & D existe dès l'origine. Pour rentabiliser ses recherches, SQL Ingénierie commercialise une partie de celles-ci : offres packagées (étude comparative des outils de développement, guide ergonomie Windows...), service d'études et de méthodes on line (ouvert gratuitement à la consultation d'écoles partenaires comme l'EISTI). Enfin, la veille est une volonté stratégique impulsée d'en haut : "pour que la veille occupe une place majeure, il est fondamental qu'une personne haut placée l'impose, souligne Frédéric Bon. Chez SQLI, nous avons la chance d'avoir ce 'gourou' en la personne de notre vice-président". Toujours selon Frédéric Bon, une telle démarche, à la double vocation - non seulement mieux accompagner ses clients, mais aussi réaliser de bons choix techniques et stratégiques pour SQL Ingénierie - a permis à la société de prendre les bonnes décisions au bon moment : engagement d'un virage Intranet dès 1994, et OSS (Linux, Perl...) depuis 1998, etc

Chez Cyber informatique, la veille informatique fait aussi partie des priorités. Chaque année, l'entreprise propose ainsi 150 postes d'ingénieurs informaticiens, dont 10 à 20 dans le domaine de la veille technologique. Et Alain Driay, de souligner l'extraordinaire effet d'accélération qu'un passage à un poste de veille technologique (senior) peut donner à une carrière : "le fait de connaître tous les éditeurs de façon personnelle peut permettre d'être réellement propulsé dans son itinéraire professionnel...". S'intéresser à la veille pour mieux vivre ses lendemains, en quelque sorte...

Sophie Bouhier de l'Ecluse

La typologie des métiers de l'intelligence économique

L'intelligence économique a donné naissance à de multiples métiers, dont Olivier Sznitkies (Arthur Andersen Consulting) a dressé, lors de sa conférence, une typologie claire. En amont, l'architecte du système d'intelligence économique définit l'articulation des outils de support aux systèmes d'intelligence économique (capteurs, réseau, traitement, mémoires). A ce grand "ordonnateur", il est demandé non seulement une bonne maîtrise des enjeux de l'intelligence économique, mais aussi des systèmes de communication informatisés. D'une manière opérationnelle, interviennent ensuite les experts/analystes et experts en ingénierie cognitive : doués d'intuition, d'un bon esprit de synthèse, d'un goût prononcé pour les nouvelles technologies, et d'une bonne compréhension du marché, les premiers valident, fiabilisent et synthétisent les informations pertinentes, les seconds, au profil plus pointu (avec une maîtrise des techniques de traitement du signal et d'intelligence artificielle), conçoivent les nouvelles technologies de traitement de l'information documentaires : moteurs de recherche, d'analyse sémantiques de texte, etc. Autre métier demandant à l'origine une formation technique (culture informatique étendue mais aussi maîtrise d'un ou plusieurs systèmes d'exploitation, des systèmes de sécurisation et d'assistance à l'audit de sécurité et des techniques d'ingéniérie sociale) : celui du spécialiste sécurité. Son profil d'une grande richesse doit non seulement lui permettre d'évaluer, concevoir, mettre en place, contrôler et faire évoluer les dispositifs de protection des systèmes d'information, mais aussi de faire face avec diplomatie aux problèmes humains soulevés par la sécurité (comme par exemple, faire comprendre aux salariés de l'entreprise qu'ils ne doivent pas échanger leurs mots de passe !)

Autre métier, dopé par l'exploitation croissante des données internes (data warehouse, SIAD...), celui de spécialiste de l'informatique décisionnelle a le vent en poupe. Pourront y prétendre ceux qui font preuve d'une bonne connaissance de l'offre progicielle d'aide à la décision, d'une maîtrise du métier et de compétences généralistes en matière de gestion d'entreprises, mais aussi, enfin d'un sens du conseil et du service. Last, not the least, le métier d'auditeur/consultant en système d'information, chargé d'évaluer, concevoir et faire évoluer les systèmes d'information des entreprises clientes et de les accompagner dans les changements induits, ainsi que de mettre en œuvre la démarche de benchmarketing, ne s'exerce généralement pas en début de carrière : outre un bon sens du conseil, du service et de la communication, il demande en effet une connaissance mature du métier et de bonnes compétences généralistes en gestion d'entreprise...

La veille au sortir de l'école ?

Peut-on intégrer un métier de veille dès sa sortie de l'école ?

Cyber informatique, qui recrute 10 à 20 personnes dans le domaine de la veille technologique chaque année, avoue cibler pour l'essentiel de ces postes " les meilleurs étudiants des écoles spécialisées, ou des ingénieurs fortement expérimentés ayant une grande vitesse de travail. "

Les postes à pourvoir sont de trois sortes. Les ingénieurs junior s'occupent d'une veille technologique "classique", à savoir l'analyse des produits existant et la transmission synthétique des informations. Ce poste peut être exercé par un ingénieur informatique débutant, avec un bon niveau de culture initiale.

Les ingénieurs seniors vont au-delà : ils vont chercher des informations dans les séminaires et des différents acteurs du marché informatique - éditeurs, concurrents - et peuvent s'impliquer dans la "création d'interfaces avec les produits existants..." Enfin, le troisième métier, celui de consultant, consiste à "présenter les conclusions des benchmarkings réalisés par l'entreprise, en tenant compte de l'architecture du client". Pour ces deux derniers postes, impliquant une complexité technique et une capacité de recul, Cyber Informatique se tourne généralement vers des ingénieurs expérimentés.

Chez Genicorp, explique Jean-Marie Gouarné, "les débutants peuvent intervenir dans le domaine de l'informatique décisionnelle mais ils seront toujours assistés au moins par un architecture des systèmes d'information. La veille exige en effet un bon équilibre de qualités relationnelles et une très forte expérience de la technologie". Chez Arthur Andersen Consulting, une jeune recrue sera également très encadrée : junior pendant deux ans, il réalisera ainsi ses premières missions (interventions de sécurité informatique, assistance à la formulation d'un besoin ou au choix d'un outil...), sous la responsabilité d'un senior. Avant de devenir lui-même senior...

Le jeu de la veille technologique - passion mise à part - en vaut-il la chandelle ? Selon Alain Driay (Cyber Informatique), le montant de rémunération des salariés de l'intelligence économique est très variable suivant leur type d'intervention : alors que les débutants pourront s'attendre - en moyenne - à une rémunération d'environ 180 à 200 KF, l'évolution se fait par la suite vers une fourchette 200 à 300 KF pour les spécialistes du benchmark d'outils, ou vers des rémunérations de consultants senior, entre 250 et 400 KF, pour les responsables d'avant-vente chez les prospects et clients...